Tristan Corbière

La pipe au Poète

Les Amours jaunes

Je suis la Pipe d’un poète,

Sa nourrice, et : j’endors sa Bête.

 

Quand ses chimères éborgnées

Viennent se heurter à son front,

Je fume… Et lui, dans son plafond,

Ne peut plus voir les araignées.

 

… Je lui fais un ciel, des nuages,

La mer, le désert, des mirages ;

— Il laisse errer là son œil mort…

 

Et, quand lourde devient la nue,

Il croit voir une ombre connue,

— Et je sens mon tuyau qu’il mord…

 

— Un autre tourbillon délie

 

Son âme, son carcan, sa vie !

… Et je me sens m’éteindre. — Il dort —