Jean-Joseph Rabearivelo

Te voilà, debout et nu

Traduit de la nuit

Te voilà,

debout et nu.

Limon tu es et t’en souviens ;

mais tu es en vérité l’enfant de cette ombre parturiante

qui se repaît de lactogène lunaire,

puis tu prends lentement la forme d’un fût

sur ce mur bas que franchissent les songes des fleurs

et le parfum de l’été en relâche.

 

Sentir, croire que des racines te poussent aux pieds

et courent et se tordent comme des serpents assoiffés

vers quelque source souterraine,

ou se rivent dans le sable

et déjà t’unissent à lui, toi, ô vivant,

arbre inconnu, arbre non identifié

qui élabores des fruits que tu cueilleras toi-même.

 

Ta cime,

dans tes cheveux que le vent secoue,

cèle un nid d’oiseaux immatériels ;

et lorsque tu viendras coucher dans mon lit

et que je te reconnaîtrai, ô mon frère errant,

ton contact, ton haleine et l’odeur de ta peau

susciteront des bruits d’ailes mystérieuses

jusqu’aux frontières du sommeil.