Georges Rodenbach

Dans quelque ville morte, au bord de l'eau

Dans quelque ville morte, au bord de l'eau, vivote

La tristesse de la vieillesse des maisons

A genoux dans l'eau froide et comme en oraisons ;

Car les vieilles maisons ont l'allure dévote,

 

Et, pour endurer mieux les chagrins qu'elles ont,

Egrènent les pieux carillons qui leur sont

Les grains de fer intermittents d'un grand rosaire.

Vieilles maisons, en deuil pour quelque anniversaire,

 

Et qui, tristes, avec leurs souvenirs divers,

N'accueillent plus qu'un peu de pauvres et de prêtres.

Ce pendant qu'autrefois, avant les durs hivers,

La jeunesse et l'amour riaient dans leurs fenêtres

 

Claires comme des yeux qui n'ont pas vu mourir !

Mais, depuis lors, ces yeux des pensives demeures

Dans leurs vitres d'eau frêle ont senti dépérir

Tant de visages frais, tant de guirlandes d'heures