Louisa Siefert

Le sapin

Rayons perdus

Il est un arbre fier, droit, austère & robuste,

Que n’aime pas l’oiseau, ni la fleur, ni l’arbuste,

Ni la vigne flexible aux rameaux caressants.

Floréal le dédaigne & brumaire l’oublie ;

Et jamais on ne voit que la tempête plie

Sa tête échevelée ou ses bras menaçants.

 

Il vit seul au milieu de la forêt immense.

Le froid & la nuit sont où son ombre commence,

Et dans le sentiment de ce grand abandon,

Il monte hardiment plus haut que tous les chênes,

Jusqu’à ce que, le front chargé de lourdes chaînes,

Il tombe tout entier aux pieds du bûcheron.

 

— Je sais un cœur aussi qui porte dans la vie

Son deuil, sans que jamais de sa ligne il dévie,

Seul partout, & toujours épris de l’idéal.

Mais, ainsi qu’au sapin à la triste verdure,

Que m’importent le vent, la pluie ou la froidure,

Le matin ou le soir, brumaire ou floréal ?…