Auguste Angellier

Le Sacrifice

Nous pensions à la fin avoir fléchi le sort,

Et qu’il serait clément à notre longue attente ;

Parfois le vent d’orage a mené jusqu’au port

L’esquif longtemps battu sur la houle méchante.

 

Et déjà nous formions des projets moins lointains

D’un bonheur qui serait autre chose qu’un rêve ;

Et nous voyions sortir de nos jours incertains,

Comme on voit un verger quand la brume se lève,

 

Des heures qui pouvaient encor donner des fleurs,

Et l’espace doré d’un automne paisible ;

Déjà le souvenir pâli de nos malheurs

 

Perdait son amertume et prenait les douceurs

Que donne au cœur assis dans sa joie impassible

La mémoire d’un temps qui fut sombre et terrible.