Anne de la Vigne

La Passion vaincue

La bergère Liris sur les bords de la Seine

Se plaignait l’autre jour d’un volage berger.

Après tant de serments peux-tu rompre ta chaîne

Perfide, disait-elle, oses-tu bien changer ?

 

Puisqu’au mépris des Dieux tu peux te dégager,

Que ta flamme est éteinte et ma honte certaine ;

Sur moi-même de toi je saurai me venger,

Et ces flots finiront mon amour et ma peine.

 

À ces mots résolue à se précipiter,

Elle hâte ses pas et sans plus consulter,

Elle allait satisfaire une fatale envie.

 

Mais bientôt s’étonnant des horreurs de la mort ;

Je suis folle, dit-elle, en s’éloignant du bord,

Il est tant de bergers, et je n’ai qu’une vie.