Auguste Brizeux

Marie

Marie

Rien ne trouble ta paix, ô doux Léta ! Le monde

En vain s’agite et pousse une plainte profonde,

Tu n’as pas entendu ce long gémissement,

Et ton eau vers la mer coule aussi mollement ;

Sur l’herbe de tes prés les joyeuses cavales

Luttent chaque matin, et ces belles rivales

Toujours d’un bord à l’autre appellent leurs époux,

Qui plongent dans tes flots, hennissants et jaloux :

Il m’en souvient ici, comme en cette soirée

Où de bœufs, de chevaux notre barque entourée

Sous leurs pieds s’abîmait, quand nous, hardis marins,

Nous gagnâmes le bord, suspendus à leurs crins,

Excitant par nos voix et suivant à la nage

Ce troupeau qui montait pêle-mêle au rivage.

J’irai, j’irai revoir les saules du Létâ,

Et toi qu’en ses beaux jours mon enfance habita,

Paroisse bien-aimée, humble coin de la terre

Où l’on peut vivre encore et mourir solitaire !