Marcel Dugas

Matins

Paroles en liberté

Matin où je t'ai cherché, Rêve défunt, sans plus jamais te

revoir et te saisir...

Matins de Paris au Luxembourg, illuminé du sourire des

statues ; matins des Champs-Élysées où semblent, dans la

gloire, revivre tout un peuple de déesses et de dieux...

Matins de Milan dont on aurait voulu presser l'air avec les

deux paumes, afin d'y capter le rire de la Joconde...

Matins d'or romains percés de flèches et de campaniles,

où s'endort le péché sous un cilice et des violettes...

Matins de Florence qui repose avec sa ceinture de légers

mamelons et de fins cyprès envolés...

Matins de Venise sur le Grand Canal où l'on croyait

respirer le parfum de George Sand et entendre les cris de

douleur de Musset...

Matins de Sorrente où sur la mer romantique glissait le

fantôme de Graziella...

Matins de Pompéi brandissant son éloquente décadence

dans la mort des ruines...

Matins de pourpre sur le golfe de Naples...

Tous les matins qui exaucèrent mes désirs de poésie et

d'enivrement...

Matins de la petite enfance heureuse, du premier désir et

des baisers neufs, chers matins de mai, de juillet et de

décembre, tombez à nouveau dans mon souvenir...

Matins de l'illusion, de la foi et de l'espérance, de la paix

dans le rêve des maisons familiales, revenez avec vos

muguets, vos lys et vos roses, bruire à mon oreille, rapportez-

moi l'ardeur de vos soleils.