Hélène Swarth

Aube

Le ciel rosit d'émoi, le jour d'été va naître.

L'aube s'étire, pêle en sa robe de lin.

Le marronnier touffu murmure, à ma fenêtre

Et sur mes yeux brûlants passe le vent câlin.

 

Un long frisson d'éveil frémit parmi les branches,

Ondule dans les flots des avoines vert-paon,

Dans le sarrazin frêle aux graciles fleurs blanches,

Dans le seigle blond glauque et le jaune froment.

 

Un loriot s'éveille — un coucou — puis un merle

Une mésange — et c'est un doux concert confus.

Sur la colline, au loin, flotte un voile gris-perle,

Comme on voit un sourire à travers un refus.

 

Et langoureusement la colombe roucoule

Son monotone appel vers l'amour adore,

Tandis que d'un pas lent rêveusement je foule

Le gravier de la sente et l'herbe en fleur du pré.