Iwan Gilkin

Une vengeance

Femme au cœur poignardé d’une secrète offense,

Tes fiers et frêles doigts orgueilleux de vengeance

Ont, pendant son sommeil, lié ton amant nu

Aux colonnes d’argent de son lit méconnu ;

Et sous ses yeux brûlés du vitriol des larmes,

Qui fixaient, noirs d’horreur, un pêle-mêle d’armes,

De linges et de fleurs sur les meubles brisés,

En ces draps, chauds encore de ses derniers baisers,

Tu t’es prostituée à des soldats ; mais, soûle

Des hoquets orageux qui, soulevant la houle

De tes flancs sous leurs flancs jeunes et souverains,

Près de ses reins jaloux tordaient, pâmaient vos reins,

Quelle pensée a, comme un hideux diadème

D’épines, déchiré ton front, quand le troisième,

Sa blonde chair à peine assouvie, abreuvé

De ta cruauté jusqu’à la lie, a levé

Vers ton martyr ses doux yeux de chienne battue,

Plaintif, et murmurant : « Veux-tu que je la tue ? »