Sully Prudhomme

Ah ! le cours de mes ans

Ah ! le cours de mes ans ne peut que faire envie :

Je ne maudirai pas le jour où je suis né.

Si Dieu m’a fait souffrir, il m’a beaucoup donné,

Je ne me plaindrai pas d’avoir connu la vie.

 

De la félicité que j’avais poursuivie

Le trop vaste horizon s’est aujourd’hui borné,

J’attends, calme et rêveur, ce qui m’est destiné ;

Qu’importe l’avenir ? mon âme est assouvie.

 

L’arbre de ma jeunesse était ambitieux,

Fou d’espoir et de sève, hélas ! et les orages,

Secouant sa verdure, en ont semé les cieux…

 

Mais le doux souvenir est le glaneur des âges,

Et l’oubli n’a jamais si bien tout effacé

Qu’il ne reste une fleur dans le champ du passé.