Charles van Lerberghe

Veilles-tu, ma senteur de soleil

Veilles-tu, ma senteur de soleil,

Mon arôme d'abeilles blondes,

Flottes-tu sur le monde,

Mon doux parfum de miel ?

 

La nuit, lorsque mes pas

Dans le silence rôdent,

M'annonces-tu, senteur de mes lilas,

Et de mes roses chaudes ?

 

Suis-je comme une grappe de fruits

Cachés dans les feuilles,

Et que rien ne décèle,

Mais qu'on odore dans la nuit ?

 

Sait-il, à cette heure,

Que j'entr'ouvre ma chevelure,

Et qu'elle respire ;

Le sent-il sur la terre ?

 

Sent-il que j'étends les bras,

Et que des lys de mes vallées

Ma voix qu'il n'entend pas

Est embaumée ?