Renée Vivien

Ô forme que les mains ne sauraient retenir

Etudes et Préludes

Ô forme que les mains ne sauraient retenir !

Comme au ciel l’élusif arc-en-ciel s’évapore,

Ton sourire, en fuyant, laisse plus vide encore

Le cœur endolori d’un trop doux souvenir.

 

Ton caprice lassé, comment le rajeunir,

Afin qu’il refleurisse aux fraîcheurs d’une aurore ?

Quels mots te murmurer, quelles fleurs faire éclore

Pour enchanter l’ennui de l’éternel loisir ?

 

De quels baisers charmer la langueur de ton âme,

Afin qu’exaspéré d’extase, pleure et pâme

Ton être suppliant, avide et contenté ?

 

De quels rythmes d’amour, de quel fervent poème

Honorer dignement Celle dont la beauté

Porte au front le Désir ainsi qu’un diadème ?