Anonyme

Portrait

Je cherche mon visage

dans les vitrines mouillées.

 

Il y a toujours un peu de ciel

à la place des yeux.

Un peu de rue derrière le front.

Une voiture traversant la bouche.

 

Je ne reconnais pas toujours

ce que je vois là.

Mais je m'arrête quand même,

un instant, sur le trottoir.

 

J'ai des photos de moi enfant

où je regardais l'objectif

avec une confiance tranquille

que je n'ai plus.

 

Quelque chose s'est déposé

entre l'enfance et maintenant.

Des années, des opinions,

des choses qu'on m'a dites.

 

Des matins sans miroir voulu.

Des photos effacées.

Le regard qu'on apprend

à poser sur soi-même.

 

Dans les vitrines au moins

on voit flou. On voit double.

On voit la ville par-dessus.

On voit ce qu'on veut bien voir.

 

Ce soir il pleuvait fort

et j'ai vu quelqu'un passer

qui avait l'air d'aller quelque part.

C'était peut-être moi.

 

Elle marchait vite,

légèrement penchée en avant,

comme quelqu'un qui sait

ce qui l'attend.

 

Je l'ai regardée disparaître

au coin de la rue.

Et je me suis remise en marche,

un peu plus droite.