Anonyme
Je mets du sel sur tout ce que j'aime
pour que ça dure.
Sur les tomates de juillet,
sur les concombres de mon enfance,
sur les bords des verres de vin
les soirs d'été.
Tu m'as dit que c'était
une façon de tout abîmer.
Que le sel brûle ce qu'il touche.
Que conserver n'est pas aimer.
Peut-être que tu as raison.
Mais ma grand-mère faisait pareil
avec les figues et les olives,
et elles ont tenu des années.
Je viens d'une famille de sel.
Nous conservons par réflexe.
Nous gardons les lettres,
les photos floues, les pots vides.
Nous n'aidons pas toujours bien.
Nous serrons trop fort parfois.
Nous avons du mal à laisser
les choses se défaire doucement.
Mais quand tu pars le matin,
je te regarde depuis la fenêtre.
Je ne dis rien de particulier.
Je tiens juste le cadre.
Et cette façon de tenir,
c'est ma façon à moi.
Ce n'est pas élégant.
Ce n'est pas parfait.
Mais c'est ce que j'ai.
Du sel dans les mains,
et l'envie que les choses durent
un peu plus longtemps que prévu.