Alphonse de Lamartine

Le Vallon

Méditations Poétiques

La source de mes jours comme eux s’est écoulée,

Elle a passé sans bruit, sans nom, et sans retour ;

Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée

N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.

 

La fraîcheur de leurs lits, l’ombre qui les couronne

M’enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ;

Comme un enfant bercé par un chant monotone,

Mon âme s’assoupit au murmure des eaux.

 

Ah ! c’est là qu’entouré d’un rempart de verdure,

D’un horizon borné qui suffit à mes yeux,

J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,

A n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux.