Marie Huot
Le Missel de Notre-Dame des Solitudes
Au Sar Péladan.
Lorsque je paraîtrai, Seigneur, devant ta face,
Ne me condamne pas au nirvanâ du ciel,
Et, si j'ai mérité ton pardon et ta grâce,
Laisse-moi repartir sous mon manteau charnel ;
Continuer la route à travers les espaces,
Avec mon sombre amour et mon cœur éternel,
Clamant sa haine immense à toute humaine race
Et sa vaine pitié sous les rires cruels.
Car tu sais, ô Seigneur ! qu'il n'est de vraiment pure
Que l'âme de salvat s'immolant, sans usure,
Devant le seuil fermé de ton éternité ;
Et qu'il n'est de divins que ces Errants sans armes,
Allant de monde en monde, avec le goût des larmes,
Mourir éperdument pour la seule Beauté !