Homère

Chant XXI - Les gueux raillaient ainsi ; mais le subtil Ulysse

L'Odyssée

Les gueux raillaient ainsi ; mais le subtil Ulysse

A pesé, visité son arc prodigieux.

Soudain, comme un aède expert à la cithare,

Au moyen d'une clef, de sa corde s'empare

Et raidit aisément le boyau précieux,

Ulysse sans efforts bande l'arme cruelle.

De sa dextre il a pris le nerf pour l'essayer,

Et le beau son qu'il rend semble un cri d'hirondelle.

Les Amants réunis vite de s'effrayer,

De changer de couleur. Zeus tonne, avis notable ;

Le patient Ulysse en lui-même bénit

L'annonce qu'à propos Kronide lui fournit.

 

Il empoigne un dard nu, placé près de sa table ;

Les autres sont restés dans le vaste carquois,

Et les Grecs tout à l'heure en sentiront l'approche.

Tenant l'arc à plein poing, il tire nerf et coche,

Sans bouger de son siège, et lance, l'œil narquois,

Le long trait. Il ne manque aucun trou des bipennes,

Du premier au dernier ; mais sa flèche d'airain

Franchit tout. À son fils alors, avec entrain :

« Ton hôte n'a voulu te susciter des peines,

Ô Télémaque ! il a courbé l'arc sans rater

Et donné dans le but. Ma force existe entière ;

Donc ces fiers Prétendants ont tort de m'insulter.

Mais, tandis qu'il fait jour, préparons la matière

Du souper, puis songeons à nous bien divertir

Par le chant et la lyre, ornements d'une fête. »

 

Il dit, meut les sourcils ; de sa lame parfaite

Son cher fils aussitôt a soin de se nantir.

Ensuite il prend sa lance, et, relevant la tête,

Près du banc paternel il la fait retentir.