Marie Huot

A un inconnu

Le Missel de Notre-Dame des Solitudes

Inconnu qui m'aimas dans la minute brève

Où mon voile, en passant près de toi, s'envola,

Va-t'en de mon chemin ! Je suis de celles-là

Qui ne peuvent aimer sans manier un glaive.

 

Toujours sous les baisers ma lèvre se relève,

Et lorsque, d'un velours, mon regard te frôla,

Je semais, au hasard, tout ce qu'on me vola :

Les poussières du ciel et les iris du rêve !

 

Avec le geste intact, amène, indifférent

D'une altesse en vadrouille au bar des tapis-francs,

Qui promène l'ennui ganté de sa bohème

 

Et fait largesse au peuple improbe de l'égout,

Où s'étoile, parfois, l'imprévu d'un bijou

Que ne sait ramasser son orgueil — ou sa flemme ! —