Pierre Louÿs

La Danseuse

À Oscar Wilde.

 

Elle tourne, elle est nue, elle est grave ; ses flancs

Ondulent d’ombre bleue et de sueur farouche.

Dans les cheveux mouillés s’ouvre rouge la bouche

Et le regard se meurt entre les cils tremblants.

 

Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées

La peau douce, la chaleur molle de ses seins.

Ses coudes étendus comme sur des coussins

Ouvrent le baiser creux des aisselles dorées.

 

Mais la taille ployée à la renverse, tend

Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent, —

Et sous l’arachnéen tissu noir de sa robe

 

Ses bras tendres, avec des gestes assoupis,

Ses pieds froids sur les arabesques des tapis

Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe…