Hélène Swarth

Plaisirs perdus

Mes mains ne trouvent plus leur plaisir puéril

A cueillir, aux sous-bois, la frileuse anémone,

Pâle et violacée un peu et qui frissonne,

Frêle, a la fraîche brise, au clair soleil d'Avril,

 

A cueillir les pavots qu'avec les blés Dieu donne,

A éecolter la fraise et le fruit du myrtil,

A faire des bouquets d'un arôme subtil

De feuillages pourpres, dans les forêts d'automne.

 

Mes yeux ne trouvent plus leur bonheur d'autrefois

A voir l'or des colzas, le blond d'un toit de chaume,

La pourpre des couchants, le vert bleuté des bois.

Mon coeur ne trouve plus, en errant sous le dôme

Des forêts, dans la brise une amoureuse voix

Et dans le bleu du ciel la caresse et le baume.