Charles Ier d'Orléans

En la forest de longue attente

En la forest de longue attente,

Chevauchant par divers sentiers

M’en voys, ceste année présente,

Ou voyage de Desiriers.

Devant sont allez mes fourriers

Pour appareiller mon logis

En la cité de Destinée ;

Et pour mon cueur et moy ont pris

L’ostellerie de Pensée.

Je mayne des chevaulx quarente

Et autant pour mes officiers,

Voire, par Dieu, plus de soixante,

Sans les bagaiges et sommiers.

Loger nous fauldra par quartiers,

Se les hostelz sont trop petis

Touteffoiz pour une vesprée

En gré prendray, soit mieulx ou pis,

L’ostellerie de Pensée.

Je despens chascun jour ma rente

En maintz travaulx avanturiers,

Dont est Fortune mal contente

Qui soutient contre moy Dangiers ;

Mais Espoirs, s’ilz sont droicturiers

Et tiennent ce qu’ilz m’ont promis,

Je pense faire telle armée,

Qu’auray, malgré mes ennemis,

L’ostellerie de Pensée.