Anna de Noailles

Le soleil abaissé du soir

Les Éblouissements

Le soleil abaissé du soir,

Jaune et luisante renoncule,

Semble glisser, au crépuscule,

De quelque pomme d’arrosoir.

 

Il semble se mêler au sable,

Aux stores de paille, au gazon,

Au vitrage de la maison

Dans une ardeur inextricable.

 

L’air est fumant, sourd, fructueux ;

L’affolement joyeux des mouches

Enflamme les suaves bouches

Des narcisses voluptueux.

 

Le frelon noir, plein de lumière

De cils, de soie et de velours,

Tombe d’un balancement lourd

Au cœur de la rose trémière.

 

Et la guêpe semble vouloir

Faire une couture dorée

À la molle étoffe azurée

Du chaud, du clair, du tendre soir…