Anna de Noailles

Le Répit

L'Ombre des jours

Ô rude et consolant hiver, hiver de neige,

Hiver sans volupté, sans chants et sans odeur,

Ô saison sans semaille et sans ferment, protège

L’appesantissement étroit et las du cœur.

 

Que tes mains sans moiteur étreignent bien les têtes

Que les trop doux juillets penchèrent de désirs ;

Clos les robes de lin que ses jeux ont défaites

Et donne aux prompts élans d’amollissants loisirs.

 

— Qu’ayant oublié l’air, les routes et l’espace,

Auprès du feu qui fait un bruit mouvant et bas,

On prenne du plaisir à boire dans la tasse,

À lire dans le livre, à ne se chérir pas.

 

Qu’on ait des soins du jour son ardeur occupée,

Qu’on soit plein de torpeur et de menu vouloir,

Qu’on quitte sans regret les heures échappées,

Qu’on écoute sans peur la musique, le soir.

 

— Mais tandis que sera si prudente la vie

J’entendrai s’apprêter dans les jardins du Temps

Les flèches de soleil, de désir et d’envie

Dont l’été blessera mon cœur tendre et flottant…