Victor Hugo

A mon père

Odes et Ballades

Je rêve quelquefois que je saisis ton glaive,

Ô mon père ! et je vais, dans l’ardeur qui m’enlève,

Suivre au pays du Cid nos glorieux soldats,

Ou faire dire aux fils de Sparte révoltée

Qu’un français, s’il ne put rendre aux grecs un Tyrtée,

Leur sut rendre un Léonidas.

 

Songes vains ! Mais du moins ne crois pas que ma muse

Ait pour tes compagnons des chants qu’elle refuse,

Mon père ! le poëte est fidèle aux guerriers.

Des honneurs immortels il revêt la victoire ;

Il chante sur leur vie ; et l’amant de la gloire

Comme toutes les fleurs aime tous les lauriers.