Georges Rodenbach

L'obscurité, dans les chambres, le soir

L'obscurité, dans les chambres, le soir, est une

Irréconciliable apporteuse de craintes ;

En deuil, s'habillant d'ombre et de linges de lune,

Elle inquiète ; elle a de félines étreintes

 

Comme une eau des canaux traîtres où l'on se noie

L'obscurité, c'est la tueuse de la joie

Qui dépérit, bouquet de roses transitoires,

Quand elle y verse un peu de ses fioles noires.

 

L'obscurité s'installe avec le crépuscule ;

Elle descend dans l'âme aussi qui s'enténèbre ;

Sur le miroir heureux tombe un crêpe funèbre

La clarté, dirait-on, est blessée et recule

 

Vers la fenêtre où s'offre un linceul de dentelle.

L'ombre est un poison noir, d'une douceur mortelle !

Et voici qu'on frémit d'on ne sait quoi... c'est l'heure

Où le vol libéré des âmes nous effleure ;