Auguste Lacaussade

À Théophile Gautier

Poète ! ta ferveur fait grande ta mémoire.

Absorbé tout entier dans ton culte béni,

Tu préféras la Muse à tout, même à la gloire,

Maître ! qui dans ton art égalas Cellini.

 

Amours, honneurs, trésors, tout ce que l’homme envie,

Moins qu’un beau vers touchaient ton cœur épris du beau.

A tout indifférent, tu passas dans la vie

L’âme et les yeux fixés sur l’idéal flambeau.

 

Tu ne savais rien voir qu’au jour de sa lumière ;

Tu voulais beau le bien et belle la vertu.

Diamant affranchi de sa gangue première,

Le vrai ne te charmait que de beauté vêtu.

 

Des rythmes d’or portant allègrement la chaîne,

Tu ciselais en vers ton rêve et ton ardeur.

Ton esprit pur de fiel ne connut qu’une haine,

Cette haine du Mal que trahit sa laideur.

 

Comme l’abeille au lys, l’expression heureuse,

Rimes et mots ailés, accourait à ta voix.

L’image éblouissait dans ta strophe nombreuse,

Mes mètres se teignaient de pourpre sous tes doigts.

 

Le nombre et la couleur, le rythme au long vocable

Épousaient dans ton vers la ligne au fier contour.

La forme avait ton culte, ô poète impeccable !

Et de ses dons la forme a payé ton amour.