Voltaire

À M. Le comte, le chevalier et l’abbé de Sade

Trio charmant que je remarque

Entre ceux qui font mon appui,

Trio par qui Laure aujourd’hui

Revient de la fatale barque ;

Vous qui pensez mieux que Pétrarque,

Et rimez aussi bien que lui,

Je ne puis quitter mon étui

Pour le souper où l’on m’embarque ;

Car la cousine de la Parque,

La fièvre au minois catarreux,

À l’air hagard, au cerveau creux,

À la marche vive, inégale,

De mes jours compagne infernale,

M’oblige, pauvre vaporeux,

D’avaler les juleps affreux

Dont monsieur Geoffroi me régale ;

Tandis que d’un gosier heureux

Vous buvez la liqueur vitale

D’un vin brillant et savoureux.