Gérard de Nerval

Delfica

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,

Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,

Sous l’olivier, le myrthe ou les saules tremblants,

Cette chanson d’amour… qui toujours recommence !

 

Reconnais-tu le Temple, au péristyle immense,

Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents ?

Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,

Où du dragon vaincu dort l’antique semence.

 

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !

Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;

La terre a tressailli d’un souffle prophétique…

 

Cependant la sibylle au visage latin

Est endormie encor sous l’arc de Constantin :

— Et rien n’a dérangé le sévère portique.