Alphonse de Lamartine

Le Vallon

Méditations Poétiques

[...]

J’ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie,

Je viens chercher vivant le calme du Léthé ;

Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l’on

oublie :

L’oubli seul désormais est ma félicité.

 

Mon cœur est en repos, mon âme est en silence !

Le bruit lointain du monde expire en arrivant,

Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance,

A l’oreille incertaine apporté par le vent.

 

D’ici je vois la vie, à travers un nuage,

S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ;

L’amour seul est resté : comme une grande image

Survit seule au réveil dans un songe effacé.