Charles van Lerberghe

Qu'il vient doucement sur la terre

Qu'il vient doucement sur la terre,

De peur d'attrister ceux qui pleurent

Qu'il vient simplement, mon Bonheur !

L'heure n'est pas venue encore,

Déjà son infini sourire

Est sur mes lèvres ; dans mon coeur,

Déjà repose sa lumière.

 

Comme il vient à travers la plaine,

Silencieux, dans le matin ;

Il embaume l'air qui l'amène,

Il foule les fleurs du jardin ;

Il entre avec leur jeune haleine,

Et tout le soleil en est plein.

 

Mon Bonheur chantant au milieu

Des roses et des lys s'avance ;

Mon âme le cherchait au lieu

De se fleurir pour sa naissance,

Puisque pour l'entendre je n'eus

Qu'à l'écouter dans le silence,

Pour le voir qu'à baisser les yeux.