Anna de Noailles

Le conseil

L'Ombre des jours

Va, sois peureuse du destin :

Ce qui n’était pas ce matin

Viendra ce soir comme une flèche,

Dans le désir que rien n’empêche…

Le lendemain n’est pas tracé :

Tu n’es sûre que du passé.

Il est à toi, tu peux le prendre ;

Mais, dans l’ombre qui va descendre,

Rien du hasard ne t’est connu ;

Je sens comme ton cœur est nu,

Tendre, brûlant et taciturne ;

Ne crains-tu pas Vénus nocturne,

Et les atteintes de l’Amour,

Qui vient hardiment, à son jour,

Menant l’étincelant vacarme,

Ah ! tant de plaisirs et de larmes…