Alphonse de Lamartine

L'isolement

Méditations Poétiques

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières ?

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ;

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

 

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,

D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;

En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,

Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

 

Quand je pourrois le suivre en sa vaste carrière,

Mes yeux verroient par-tout le vide et les déserts ;

Je ne desire rien de tout ce qu’il éclaire,

Je ne demande rien à l’immense univers.