Renée Vivien

Invocation à la lune

Ô Lune chasseresse aux flèches très légères,

Viens détruire d’un trait mes amours mensongères !

Viens détruire les faux baisers, les faux espoirs,

Toi dont les traits ont su percer les troupeaux noirs !

 

Toi qui fus autrefois l’Amie et la Maîtresse,

Incline-toi vers moi, dans ma grande détresse !…

Dis-moi que nul regard n’est divinement beau

Pour qui sait contempler le grand regard de l’eau !…

 

Ô Lune, toi qui sais disperser les mensonges,

Éloigne le troupeau serré des mauvais songes !

Et, daignant aiguiser l’arc d’argent bleu qui luit,

Accorde-moi l’espoir d’un rayon dans la nuit !

 

Ô Lune, toi qui sais rendre l’âme à soi-même

Dans sa vérité froide, indifférente et blême !

Ô toi, victorieuse adversaire du jour,

Accorde-moi le don d’échapper à l’amour !