Charles Cros

Don Juan

Le Coffret de Santal

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride

Sous le vent discret d’une nuit d’été,

Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide

Avez-vous jamais, rêveur, écouté

 

La voix de la vierge émue et timide

Qui furtive, un soir, pour vous a quitté

Le foyer ami — depuis froid et vide —

Où, les parents morts, plus rien n’est resté ?

 

Parfum de poison, volupté cruelle

D’avoir arraché du sol ce lys frêle

Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

 

Ô destruction de quels âpres charmes

Es-tu donc parée ? Et, voilés de larmes,

Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux ?