Paul Claudel

La Cervelle

Connaissance de l'Est

La cervelle est un organe. L’étudiant acquiert un principe solide s’il étreint fortement cette pensée que l’appareil nerveux est homogène dans son foyer et dans ses ramifications, et que la fonction en est telle, simplement, que la détermine son efficacité mécanique. Rien ne justifie l’excès qu’on impute à la matière blanche ou grise, accessoirement au rôle sensitif et moteur, de « sécréter » ainsi que bruit une apparence de paroles, l’intelligence et la volonté, comme le foie fait de la bile. La cervelle est un organe, au même titre que l’estomac et le cœur ; et, de même que les appareils digestif ou circulatoire ont leurs fonctions précises, le système nerveux a la sienne, qui est la production de la sensation et du mouvement.

 

J’ai employé le mot « production » à dessein. Il serait inexact de voir dans les nerfs de simples fils, agents par eux-mêmes inertes d’une double transmission, afférente, comme ils disent, ici, là efférente ; prêts indifféremment à télégraphier un bruit, un choc, ou l’ordre de l’esprit intérieur. L’appareil assure l’épanouissement, l’expansion à tout le corps de l’onde cérébrale, constante comme le pouls. La sensation n’est point un phénomène passif ; c’est un état spécial d’activité. Je le compare à une corde en vibration sur laquelle la note est formée par la juste position du doigt. Par la sensation, je constate le fait, et je contrôle, par le mouvement, l’acte. Mais la vibration est constante.