Pierre Louÿs

Dans la forêt où j'ai coutume

Dans la forêt où j’ai coutume

De m’en aller au jour levant,

Dès l’aube ensommeillée, avant

Que l’air ait dispersé la brume,

 

On peut voir entre les rameaux

Des bouts d’azur par échappées,

Et, dans les brouillards estompées,

Les silhouettes des bouleaux.

 

Pour compléter le paysage,

On y trouve un ruisseau divin

Et qui flue au fond d’un ravin

Que Delille eût nommé sauvage :

 

Car sur la mousse où je me vautre,

On voit deux énormes rochers

Qui se sont un jour arrachés

Pour se cogner l’un contre l’autre.