Louisa Siefert

La lande aux rochers

Rayons perdus

Qu’il faisait calme & beau, ce soir-là ! L’Angelus

Tintait naïvement de village en village,

Les flots du lac roulaient déferlant sur la plage,

La rainette chantait au revers du talus.

 

Une charrette au loin, de deux bœufs attelée,

Passait. Nonchalamment assis sur le brancard,

Gaule au poing, pieds pendants, le bouvier nasillard

Éveillait en sifflant l’écho de la vallée,

 

Tandis que d’un beau ciel, or & pourpre au couchant,

Vert & bleu sombre à l’est, tombait sur les collines

Un vague crépuscule aux teintes opalines,

Qui confondait le bois, le marais & le champ.

 

C’était la paix partout, la paix sereine & grave ;

Et ceux qui descendaient de la lande aux rochers,

Ce soir-là, relevaient aussi leurs fronts penchés

Et se sentaient le cœur plus joyeux & plus brave.