Stéphane Mallarmé

Chéry, sans trop d’aurore à la fois enflammant

« Chéry, sans trop d’aurore à la fois enflammant

La rose qui, cruelle ou déchirée et lasse

Même du blanc habit de pourpre le délace

Pour ouïr dans sa chair pleurer le diamant.

 

Oui, sans ces crises de rosée ! et gentiment

Ni brise si le ciel avec, orageux, passe,

Jalouse d’apporter on ne sait quel espace

Au simple au jour le jour très vrai du sentiment.

 

Ne te semble-t-il pas, Chéry, que chaque année

D’où sur ton front renaît la grâce spontanée

Suffise selon quelque apparence, et pour moi,

 

Comme un éventail frais dont la chambre s’étonne

À raviver du peu qu’il faut ici d’émoi,

Toute notre native amitié monotone. »