Auguste Barbier

La Curée

C’est que la liberté n’est pas une comtesse

Du noble faubourg Saint-Germain,

Une femme qu’un cri fait tomber en faiblesse,

Qui met du blanc et du carmin :

C’est une forte femme aux puissantes mamelles,

À la voix rauque, aux durs appas,

Qui, du brun sur la peau, du feu dans les prunelles,

Agile et marchant à grands pas,

Se plaît aux cris du peuple, aux sanglantes mêlées,

Aux longs roulements des tambours,

À l’odeur de la poudre, aux lointaines volées

Des cloches et des canons sourds ;

Qui ne prend ses amours que dans la populace,

Qui ne prête son large flanc

Qu’à des gens forts comme elle, et qui veut qu’on l’embrasse

Avec des bras rouges de sang.