Albert Samain
Au Jardin de l'infante
J’ai rêvé d’un jardin primitif, où des Âmes
Cueillaient le trèfle d’or en robes de candeur ;
Où des souffles d’azur, veloutés de tiédeur,
Berçaient des fleurs d’argent, sveltes comme des femmes.
À l’ombre, au bord des eaux, sous des arbres légers,
Les mystiques Amants rêvaient leur solitude ;
Et tout était extase, et joie, et plénitude,
Et les agneaux de Dieu paissaient dans les vergers.
L’Amour sanctifié, sans hâtes et sans fièvres,
Buvait à l’urne exquise et profonde des lèvres…
Ô Songe d’un désir parfumé par le ciel !
Et j’étais là, debout parmi les marjolaines,
Virginal, et l’archet des blanches cantilènes
À mes doigts effilés d’ange immatériel.