Iwan Gilkin

Le sculpteur

Sculpteur bizarre, qui dédaigne

La cire, le marbre et l’airain,

Au fond de l’atelier chagrin

Je pétris de la chair qui saigne.

 

Dans les palais aux lits discrets,

Dans les mansardes, dans les bouges,

Dans les taudis aux rideaux rouges,

Dans les sinistres lazarets,

 

Des ongles de mes mains félines

Aidés de l’acier des couteaux,

Des bistouris et des ciseaux,

Je vais, crochetant les poitrines,

Coupant, fendant, creusant les chairs

Avec des hâtes convulsives

Et les repliant toutes vives

Comme deux volets large ouverts,

 

Et j’arrache en criant de joie,

Rouges, fumants et bondissants,

Les cœurs vierges, les cœurs puissants,

Les cœurs d’amour, les cœurs de proie.

 

Et de tous ces cœurs comprimés

Je construis mes sombres statues,

Dressant leurs forces éperdues

En gestes cruels ou pâmés.

 

Les mains qui les ont caressées

Sont pleines d’un sang rouge et frais

Charriant des instincts secrets,

Des volontés et des pensées.