Doëtte Angliviel
Tour à tour j'ai cueilli la somptueuse orange
Qui dans sa gaine d'or est un soleil éclos,
Et l'ovale raisin des nouvelles vendanges
Mûri pour le vin brun et fort des matelots.
J'ai senti dans mes mains heureuses la pastèque
Peser de tout son poids brûlant et précieux,
Et j'ai bu les azurs de la minute grecque
Aux amphores où s'apaisa la soif des dieux.
Maintenant que le soir étale sur la plage
Sa rose nudité de pâtre adolescent,
Que l'infini sanglote au fond d'un coquillage,
Que se fondent des parfums tendres dans le vent,
Que ce pays, à mon oreille émerveillée,
A livré les secrets divins de l'univers,
Sous la glycine, en le crépuscule, effeuillée,
De mon balcon léger je contemple la mer.