Virgile
Les Bucoliques
Tu es sot, Corydon ; Alexis ne veut pas de tes présents ; et si les tiens le disputaient à ceux d’Iolas, Iolas ne te céderait pas. Malheureux, qu’ai-je dit ? Je suis perdu d’amour ; j’ai déchaîné l’auster sur les fleurs, j’ai lancé le sanglier fangeux dans les claires fontaines. Ah ! qui fuis-tu, insensé ? Les dieux aussi ont habité les forêts ; le Troyen Pâris était berger. Que Pallas aime les hauts remparts qu’elle a bâtis : nous, que les bois nous plaisent par-dessus tout. La lionne à l’œil sanglant cherche le loup ; le loup, la chèvre ; la chèvre lascive, le cytise en fleurs : et toi, Corydon te cherche, ô Alexis ! chacun suit le penchant qui l’entraîne. Vois, les bœufs ramènent le soc levé de la charrue ; et le soleil, qui descend, double les ombres croissantes : et moi je brûle encore… Est-il quelque répit à l’amour ? Ah ! Corydon, Corydon, quelle démence est la tienne ? La vigne, unie à cet ormeau touffu, reste à demi-taillée : que ne prépares-tu plutôt quelque ouvrage utile à tes champs ? que ne tresses-tu le jonc et le flexible osier ? Tu trouveras un autre Alexis, si cet Alexis te dédaigne.