Anonyme
La ville se défait quand le jour se retire,
les enseignes clignotent leur morse sans désir,
les gens rentrent chez eux, chargés de leurs sacs,
et la rue reprend sa respiration à plat.
Je marche sans raison dans le quartier nord,
là où les façades ont gardé leurs décors
d'une autre époque, grilles et balcons rouillés,
fenêtres allumées jaune derrière les volets.
Quelqu'un fait de la musique au troisième étage,
une note qui revient, têtue, sans message.
Un chien traverse en diagonal le carrefour,
il sait où il va, lui, à cette heure.
J'aime ces soirs sans but, sans nom, sans rendez-vous,
où la ville devient un peu moins étroite,
où les trottoirs fendus semblent moins hostiles
et les passants étrangers presque familiers.
C'est l'heure où l'on pourrait tout recommencer,
changer de nom, de vie, de direction,
l'heure qui dure dix minutes et puis s'efface
quand la faim rappelle la route et la maison.