Marceline Desbordes-Valmore

Le Billet

Élégies, Marie et romances

Quand je t’écris à l’ombre du mystère,

Je crois te voir et te parler tout bas ;

Mais, je l’avoue, en ce lieu solitaire

Tout est tranquille, et mon cœur ne l’est pas

Quand je t’écris.

 

En vain j’écris : quand l’âme est oppressée,

Le temps s’arrête ; il n’a plus d’avenir !

Non, loin de toi je n’ai qu’une pensée ;

Et mon bonheur n’est plus qu’un souvenir :

En vain j’écris.

 

Si tu m’écris, je vais t’attendre encore ;

Mais si ton cœur n’est plus tel qu’autrefois,

Fais que toujours, fais que le mien l’ignore !

S’il est constant, dis un mot : je le crois,

Si tu l’écris !