Auguste Lacaussade

Le Soldat

On marche aux sons voilés du tambour. Sur la plaine

Le soleil luit ; l’oiseau vole au bord du chemin.

Oh ! que n’ai-je son aile ! oh ! que la vie est pleine

De tristesse ! Mon cœur se brise dans mon sein.

 

Au monde je n’aimais que lui, mon camarade,

Que lui seul, et voici qu’on le mène à la mort.

Pour le voir fusiller défile la parade ;

Et c’est nous, pour tirer, nous qu’a choisis le sort.

 

On arrive : ses yeux contemplent la lumière

De ce soleil de Dieu qui monte dans le ciel…

Mais d’un bandeau voici qu’on couvre sa paupière :

Dieu clément, donnez-lui le repos éternel !

 

Nous sommes neuf en rang, déjà prêts sous les armes.

Huit balles l’ont blessé ; la mienne, – de douleur

Leurs mains tremblaient, leurs yeux visaient mal sous les larmes, –

La mienne l’a frappé juste au milieu du cœur.