Virgile
Les Bucoliques
C’en est fait ; je veux, caché dans les forêts, au milieu des repaires des bêtes farouches, y souffrir seul, et graver mes amours sur l’écorce des tendres arbres : ils croîtront, vous croîtrez avec eux, mes amours. Cependant j’irai, me mêlant aux nymphes, fouler les sommets du Ménale, et je poursuivrai les sangliers impétueux : les frimas les plus rigoureux ne m’empêcheront pas de cerner avec ma meute les forêts du mont Parthénius : il me semble déjà courir à travers les rochers et les bois retentissants : nouveau Parthe, j’aime à décocher la flèche cydonienne : comme si c’étaient là des remèdes à mon incurable amour ; comme si le cruel Amour savait s’attendrir aux maux des mortels ! Déjà les Hamadryades, déjà les chants ne me plaisent plus ; et vous aussi, forêts, adieu : mes rudes travaux ne pourraient vaincre l’invincible Amour ; non, quand même je boirais les eaux glacées de l’Hèbre, quand au fort des hivers pluvieux j’endurerais les neiges de la Sithonie ; quand même, à l’heure où l’écorce desséchée des grands ormeaux meurt sous les feux du midi, je conduirais mes brebis dans les plaines de l’Éthiopie, brûlées par le Cancer : l’Amour soumet tout ; et toi aussi, cède à l’Amour.