Marceline Desbordes-Valmore

Allez en Paix

Allez en paix, mon cher tourment,

Vous m’avez assez alarmée,

Assez émue, assez charmée…

Allez au loin, mon cher tourment,

Hélas ! mon invisible aimant !

 

Votre nom seul suffira bien

Pour me retenir asservie ;

Il est alentour de ma vie

Roulé comme un ardent lien ;

Ce nom vous remplacera bien.

 

Ah ! je crois que sans le savoir

J’ai fait un malheur sur la terre ;

Et vous, mon juge involontaire,

Vous êtes donc venu me voir

Pour me punir, sans le savoir ?

 

D’abord ce fut musique et feu,

Rires d’enfants, danses rêvées,

 

Puis les larmes sont arrivées

Avec les peurs, les nuits de feu…

Adieu danses, musique et jeu !

 

Sauvez-vous par le beau chemin

Où plane l’hirondelle heureuse :

C’est la poésie amoureuse :

Pour ne pas la perdre en chemin

De mon cœur ôtez votre main.

 

Dans votre prière, tout bas,

Le soir, laissez entrer mes larmes ;

Contre vous elles n’ont point d’armes.

Dans vos discours n’en parlez pas !

Devant Dieu pensez y tout bas.