Paul Éluard

La dernière nuit

Poésie et vérité 1942

VI

Je suis né derrière une façade affreuse

J’ai mangé j’ai ri j’ai rêvé j’ai eu honte

J’ai vécu comme une ombre

Et pourtant j’ai su chanter le soleil

Le soleil entier celui qui respire

Dans chaque poitrine et dans tous les yeux

La goutte de candeur qui luit après les larmes.

 

VII

Nous jetons le fagot des ténèbres au feu

Nous brisons les serrures rouillées de l’injustice

Des hommes vont venir qui n’ont plus peur d’eux-mêmes

Car ils sont sûrs de tous les hommes

Car l’ennemi à figure d’homme disparaît.